Elections européennes / Europe

Listes socialistes aux élections européennes de 2014 : bienvenue aux opportunistes

HarlemDesir_ChangerEurope_mLe conseil national du PS a adopté aujourd’hui ses listes aux élections européennes.

Celles-ci ont été adoptées à près de 80% des voix, avec le soutien des trois principales motions. Dit comme ça (et c’est comme ça que les principaux journaux paraissent présenter le sujet), le succès semble être acquis.

En vérité, les listes ont été adoptées par 103 voix contre 27 (et 6 votes blancs). Seuls 136 membres du Conseil ont voté, soit 55,5% d’absents : ce dernier chiffre suffit, à lui seul, à démontrer le peu d’intérêt des socialistes pour cette élection que beaucoup d’entre eux jugent perdue d’avance.

Il faut noter que les listes ne sont pas encore définitives. Elles doivent désormais être soumises au vote des militants, dans chaque section socialiste, le jeudi 21 novembre et devront ensuite être validées par une convention du PS qui se tiendra le 7 décembre.

Pour l’instant, seules les têtes de liste ont été rendues publiques. Je vous propose une petite présentation des celles-ci.
Au regard du mode de scrutin (proportionnelle) et de nombre de sièges à pourvoir, seules les personnes placées dans les trois premières positions ont des chances sérieuses de siéger au Parlement européen en 2014.

Parmi les informations importantes, il faut noter que trois eurodéputés connus pour leur engagement sérieux à Bruxelles ont été évincés des listes : Françoise Castex, Bernadette Vergnaud et Liêm Hoang-Ngoc.

L’assiduité à Strasbourg et l’intérêt pour les dossiers européens n’ont visiblement pas été les critères prévalant pour le choix des candidats. Le Monde nous rapporte que les négociations ont été longues : « plusieurs bras de fer entre les différentes sensibilités dans l’appareil, chacune faisant valoir ses propres intérêts internes« . Le discours de Harlem Désir cet après-midi n’a fait que confirmer que le Parti socialiste envisage une nouvelle fois de préparer ces élections sous l’angle purement national, laissant ainsi de coté la volonté exprimée durant l’actuel mandat de former une campagne à l’échelle européenne.

Outre la présence de Harlem Désir, eurodéputé français le plus absent au Parlement européen, on note l’arrivée de nouveaux candidats exerçant déjà par ailleurs des mandats locaux. On pourrait être tenter de penser que ces personnages craignent pour leur réélection locale en 2015 et se cherchent une place au chaud à Bruxelles. Les mois qui suivent nous éclaireront sur leur motivation.

Région Nord-Est

La liste sera menée par Gilles Pargneaux avec Claude Roiron et Jean-Louis Cottigny.

Gilles Pargneaux est eurodéputé depuis juin 2009. Il se présente donc pour un deuxième mandat. Sa fiche parlementaire laisse entrevoir une activité au Parlement assez soutenue.

Claude Roiron a été présidente du conseil général d’Indre-et-Loire de 2008 à 2011. En 2012, elle perd les élections législatives sous l’étiquette socialiste.

Jean-Louis Cottigny brigue un quatrième mandat (non consécutif). En 1997, à la suite de la démission de Bernard Kouchner, il entre au Parlement européen et prend alors part aux politiques européennes en tant que député mais ne se représente pas aux élections suivantes, en 1999. En 2004, il décide de quitter sa fonction de maire de Beaurains pour s’engager pleinement dans la voie européenne et devenir député au Parlement européen dans la circonscription Nord-Ouest en France. Il est élu pour un mandat de 5 ans et travaille pour la commission emploi et affaires sociales en tant que vice-président de cette commission. En 2009, la liste socialiste dans le nord-ouest n’obtient que deux sièges: il n’est pas élu. En juin 2012 il retrouve un siège de député européen à la suite de l’élection d’Estelle Grelier à l’Assemblée nationale.

Région Ouest

La liste sera menée par Isabelle Thomas avec Emmanuel Maurel et Françoise Mesnard.

Isabelle Thomas, proche du courant de Benoît Hamon,  est devenue députée européenne en 2012 à la suite de la nomination de Stéphane Le Foll à la tête du ministère de l’agriculture.

Emmanuel Maurel est quant à lui conseiller régional de la région Île-de-France depuis 2004 (réélu en 2010). Il exerce à ce jour la fonction de vice-président de la Région au coté de Jean-Paul Huchon. Premier signataire de la Motion « Maintenant la gauche » lord du Congrès de Toulouse d’octobre 2012, et candidat contre Harlem Désir lors de l’élection du Premier secrétaire, il est considéré comme l’un des principaux responsables de l’aile gauche du Parti socialiste.

Françoise Mesnard est Vice-Présidente du Conseil Régional de Poitou-Charentes. La composition de cette tête de liste conduit à exclure Bernadette Vergnaud, eurodéputée très active depuis 2009, qui pourtant avait fait connaitre son souhait de candidater à un troisième mandat.

Région Est

La liste sera menée par Catherine Trautmann avec Pierre Priebetich.

Catherine Trautmann est élue députée européenne lors des élections de 1989. Elle est réélue lors des élections de 1994. Elle siège jusqu’en 1997, date à laquelle elle est nommée ministre de la Culture et de la Communication au sein du gouvernement Lionel Jospin en France. Elle est réélue députée lors des élections de 2004 et de 2009. Aujourd’hui, elle brigue donc un cinquième mandat. Elle est chef de la délégation française du groupe socialiste au Parlement et vice-présidente de la Commission de l’industrie, de la recherche et de l’énergie. Elle est notamment l’un des rapporteurs du Paquet télécoms.

De juin 2007 à juin 2009, Pierre Pribetich a été député européen suite à l’élection de Pierre Moscovici comme député à l’Assemblée nationale française. Aujourd’hui, il est premier vice-président du Grand Dijon et adjoint au maire du Dijon et devra donc démissionné de ces fonctions exécutives en cas d’élection.

Le nom du syndicaliste CFDT de Florange Edouard Martin est également évoqué pour composé cette liste Est: il aurait été approché par le PS pour rejoindre la liste. D’après Libération, l’intégration de cette personnalité a eu raison de la candidature de Liêm Hoang-Ngoc. L’eurodéputé est en effet évincé de la liste socialiste alors qu’il s’est distingué depuis 2009 par son suivi sérieux des questions économiques et monétaires.

Région Sud-Est

La liste sera menée par Vincent Peillon avec Sylvie Guillaume et Zaiki Laïdi.

Elu au Parlement européen depuis 2004, celui qui est aujourd’hui ministre de l’Éducation nationale n’a jamais été très intéressé par son mandat d’eurodéputé. En 2007, alors qu’il siège au Parlement européen, il se présente aux élections législatives. Il est battu. En juin 2009, il est réélu député européen. Il quitte son mandat en 2012 après son entrée au gouvernement Arault et laisse son siège à Karim Zeribi (qui, soit dit en passant, candidat EELV malheureux aux législatives, est allé siégé dans le groupe écéologiste au Parlement européen).

Sylvie Guillaume est élue eurodéputée en 2009. C’est une parlementaire très active et présente. Elle suit en particulier les questions relatives à l’immigration et au droit d’asile.

Le Monde nous apprend que le cas de M. Laïdi, politologue proche de Manuel Valls, a été l’objet d’un long blocage, les « vallsistes » du PS ayant été durs à convaincre pour qu’il figure en numéro 3 sur la liste.

Théoriquement, M. Peillon, une fois élu à Strasbourg, démissionnera pour rester ministre du gouvernement. Mme Guillaume prendra alors sa place et M. Laïdi, même s’il n’a pas été élu en mai, intégrera le Parlement de Strasbourg par effet domino. Mais que se passerait-il dans quelques mois si jamais M. Peillon n’était plus ministre ? En pareil cas de figure, M. Laïdi devrait se retirer pour laisser siéger M. Peillon et Mme Guillaume. Un scénario-catastrophe qui ne satisfait pas du tout les amis de M. Valls.

Région Massif central centre

La liste sera menée par Jean-Paul Denanot avec Karine Gloannec-Maurin.

Jean-Paul Denanot est Président du Conseil régional du Limousin. À la suite de l’élection de Bernadette Bourzai au Sénat, le 21 septembre 2008, Jean-Paul Denanot, qui la suivait sur la liste socialiste des élections européennes de 2004, devient député européen, tout en gardant son siège de président du Conseil régional. En 10 mois de mandat, il intervient deux fois en séance plénière. En 2009, il n’est pas retenu comme tête de liste PS au nom du cumul des mandats.
Cette année, la question ne semble plus poser de problème rue Solferino. Peut-être que Jean-Paul Denanot, jugeant ses chances trop maigres de se maintenir Président de Région lors des élections de 2015, cherche une place au chaud à Strasbourg. Selon les informations du Monde, la désignation de M. Denanot, pourtant candidat probable aux prochaines sénatoriales en Haute-Vienne, est un souhait de l’Elysée: « On ne comprend pas bien pourquoi Hollande s’en est mêlé, sauf à vouloir montrer qu’il pèse encore dans les choix du parti« , explique un responsable.

Karine Gloannec-Maurin, vice-présidente de la région Centre depuis son élection en 2010, proche de M. Peillon, est une habituée des scrutins sous l’étiquette socialiste: en 2004 et 2009 pour les européennes, en 2011 pour les cantonales, 2012 pour les législatives.

Région Ile-de-France

La liste sera menée par Harlem Désir, avec Pervenche Bérès et Guillaume Balas.

On ne présente plus Harlem Désir, premier secrétaire du Parti socialiste, qui brille par son absence au Parlement européen. Elu depuis 2009, sa fiche sur VoteWatch lui attribue un taux de participation de 50% au vote du Parlement européen. Il est classé, cette année, l’eurodéputé français le moins présent.

Pervenche Bérés, eurodéputé depuis 1994, a réussi à sauver sa place. Il y a quelques jours, le site Contexte nous rapportait que la parlementaire n’était pas pas dans les petits papiers du ministre de l’économie: « Moscovici ne veut pas de Pervenche car elle pourrait lui casser les pieds sur ses dossiers à Bruxelles. » Pervenche Bérès est en effet très active sur les dossiers économiques et monétaires européens.

Guillaume Balas, conseiller régional depuis 2004, est secrétaire général de « Un Monde d’avance ». C’est un proche de Benoit Hamon.

Région Sud Ouest

C’est l’information qui fait grincer le plus de dents aujourd’hui.

La tête de liste sera une femme, issue du Parti radical de gauche (PRG). Seule l’étiquette a été choisie, la personne reste encore inconnue. Elle mènera la liste avec le socialiste Eric Andrieu. Ce dernier est devenu député européen en 2012 à la suite de la nomination de Kader Arif, au gouvernement. Il était placé troisième sur la liste PS de 2009.

La deuxième place était tenue alors par François Castex (qui siège depuis 2004). Cette dernière a été tout simplement sortie de la liste socialiste. C’est pourtant une eurodéputée socialiste qui s’est fait connaitre grâce à son travail soutenu pour les droits des consommateurs et la protection des données. C’est également la seule eurodéputée socialiste française à s’être opposée au vote d’une résolution en faveur du marché transatlantique en 2012. Les témoignages, objections et soutiens ont été nombreux aujourd’hui sur twitter :

 

 

Pour information:

Listes et candidats des européennes de 2009

 

Merci d’avance à tous ceux qui publient/relaient mes articles. Merci cependant de sélectionner un extrait et de mettre le lien vers l’article original! Magali

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